Après avoir essayé de trouver une parade à ma question, elle m’expliqua que sa belle sœur était dans la chambre. Elle était handicapée et c’était Tiffany qui prenait soin d’elle. Je demandais à la voir, histoire de vérifier ce qu’elle me racontait. Elle s’absenta un instant, je la voyais s’éloigner sur ses béquilles, son aisance m’intriguait, elle avait l’habitude de les utiliser, c’était une certitude. Je pouvais observer la plante de son pied nu qui était légèrement sale. Elle marchait souvent pied nu, c’était aussi sûr.
J’entendais au bout d’un instant le même bruit de moteur s’approcher. Je découvrais une jeune femme brune, très agréable à regarder. La cause de son handicap était qu’elle n’avait plus de jambes tout simplement. En la voyant un sentiment de pitié m’envahit, si belle et condamnée à rester dans cette chaise roulante pour le restant de sa vie. A priori, son amputation était tellement haute qu’elle ne pouvait pas porter de prothèses. Elle utilisait une petite manette à hauteur de sa tête, pour diriger sa chaise roulante. C’est là que l’horreur me prit à la gorge, elle ne semblait pas avoir de bras. J’étais en face d’une très belle femme, mais elle n’avait ni bras, ni jambes. J’en étais vraiment désolé pour elle. Quand son regard croisa le mien, ma réaction fut tout autre. Elle me toisait d’un regard tellement expressif de colère que je sentais qu’elle me connaissait. Mais moi à priori c’était la première fois que je la voyais.
« Qu’est ce que vous me voulez ? » me dit elle d’un ton autoritaire.
Je lui expliquais que je menais une enquête sur l’homme qui avait blessé Tiffany et que voulais éclaircir certains points.
« Tiffany n’a rien à voir dans cette histoire. Laissez la guérir de son entorse, elle a besoin de repos. Foutez moi le camp. Vous n’avez rien à faire ici. »
Mon ressenti envers elle et son caractère de chien commençait à changer. Comment une femme aussi belle à regarder pouvait être aussi aigrie. Comment me connaissait elle ?
Je ne démordais pas, j’en avais connu des plus durs qu’elle après tout.
« Ecoutez cet homme a blessé beaucoup de femmes, y compris moi-même. Si il continue comme ça, toutes les femmes de la ville seront sur béquilles comme Tiffany. Alors je vous demanderais de changer de ton, à moins que vous ne préféreriez que je vous embarque au commissariat. »
Elle se calma un peu sous ma menace.
J’en profitais pour lui poser toute sorte de question sur ses éventuels ennemis…ou autre personne capable de faire un tel acte. Elle haussa les épaules pour me signifier qu’elle en savait rien.
« Et vous-même que vous est il arrivé ? » je lui demandais.
Elle hésita un instant et au moment où elle allait répondre, la porte d’entrée s’ouvrit laissant passer une silhouette qui ne m’était pas inconnue. C’était…je ne rêvais pas, ces yeux verts, cette voix qui me disait « Tiens, tu es venue de toi-même.. » C’était lui, le briseur de jambes. Avant même que je me lève il me sauta dessus, me plaqua les bras à l’arrière, il cria à Tiffany de prendre mes menottes. Je la vis se débarrasser de ses cannes et presque courir sur son plâtre. En moins de temps qu’il ne le fallait j’étais menottée et jetée à terre. Ma jambe plâtrée atterrit lourdement au sol, déclenchant une douleur intense.
« Quelle surprise Carla, je ne m’y attendais pas si vite. C’est Tiffany qui t’a emmené ici ? » dit il en giflant cette dernière.
« Laisses la elle n’y est pour rien, c’est Mme l’inspectrice qui a mené son enquête encore… » dit la femme handicapée.
Je restais au sol, me redressant comme je pus, avec mes mains attachées au dos.
« Alors Carla, tu veux vraiment savoir qui m’a mis dans cet état ? Tu ne te souviens de rien ? Vraiment ? » me dit la femme.
« Je ne vous connais pas, je ne vous ai jamais vu…qui êtes vous ? »
« Tu ne te rappelles pas de ce soir où tu as voulu arrêter ces braqueurs de banque, prés de la place centrale ? ».
Ca me revenait petit à petit, deux braqueurs que je poursuivais, l’un d’eux s’était définitivement échappé et l’autre s’était jeté d’un pont sur une autoroute. Il y eut tellement de blessés suite à sa présence au milieu des voitures qu’on ne pût l’identifier parmis les victimes. Moi-même ayant été blessée, je fus transporté à l’hôpital…
« Vous êtes celle qui a sauté sur l’autoroute ?? » lui dis je.
« Oui c’est moi, ecrasée par trois voitures. Après six mois de souffrance, on a dû m’amputer de mes bras et jambes. Tout ça par ta faute..Et crois moi tu vas le payer très cher, ma vieille !!!. ». Je ne sût jamais ce que c’était une sorte de lumière blanche,aveuglante et puis rien…je pense m’être évanouie.
Que m’arrivait il ? Je ne savais pas où j’étais…je n’arrivais pas à ouvrir les yeux, ils semblaient être bandés, j’essayais d’appeler au secours mais aucun son ne sortit de ma bouche…si ce n’est un grognement, mes jambes rien..j’éssayais de tâtonner autour de moi, et là une peur m’envahit, je ne sentais pas mes mains, impossible de les bouger. En fait aucun mouvement ne m’était possible et j’étais dans le noir total.
J’entendis une voix me parler « Carla, vous m’entendez je pense. » Devant mon agitement, la personne continua « Vous êtes à l’hôpital central, on vous a retrouvé dans une ruelle proche d’ici. Vous avez été blessé gravement. Vos rétines ont souffert de brûlures, vous allez devoir garder vos bandages pendant au moins quatre semaines. Nous saurons à ce moment si vous souffrez de cécité. Nous sommes désolés de vous l’annoncer de cette façon, mais il vaut mieux que vous soyez prête au pire. Vous souffrez de multiples blessures graves à vôtre mâchoire et à vos membres, le docteur passera vous expliquer tout cela…pour l’instant il vous faut du repos. Nous vous avons mis sous morphine, vous dormirez la pluspart du temps.
Je me sentis partir à nouveau, mes paupières devenaient lourdes, puis plus rien…
Des voix me réveillèrent de ma torpeur. J’entendais une discussion entre deux femmes, sûrement des infirmières. L’une disait très nettement « La pauvre je ne sais pas comment va être sa vie quand elle sortira d’ici. Je n’ai jamais vu ça de ma vie. »
« Pour elle la vie va être un enfer, sans bras, ni jambe et peut être aveugle…tu imagines. J’aimerais bien savoir ce qu’on ressent quand on apprend une telle nouvelle. Elle ne peut même pas mettre fin à sa vie. Je voudrais être là quand elle pourra articuler quelques mots. »
Je ne croyais pas à mes oreilles, ça ne pouvait pas être possible, non pas moi…des larmes se mettaient à humidifier mes yeux, mais toujours bandés. Je ressentis de gros picotements assez douloureux…Je n’avais même pas le droit de pleurer…et pourtant le desespoir m’envahissait…non ce n’était pas possible !!!! Quel salaud, m’amputer de tous mes membres, je n’osais imaginer le monstre que je laissais dans la ville. Pour la première fois une peur indescriptible m’envahissait… je n’arrivais pas toujours pas à réaliser que jamais plus je ne pourrais marcher ou saisir des choses. Quel était mon avenir ? …
C’est à ce moment là de mes réflexions qu’apparût au bout de l’allée, mon meilleur
ami, Max. j’étais folle amoureuse de lui depuis plus de 5 ans et on formait un couple d’amis des plus unis qui soient. Je remerciais Amélie de son aide précieuse qui allait sûrement me conduire à
notre agresseur, je lui laissais mes coordonnées au cas où elle se rappellerait de quoi que ce soit. Je ne réalisais pas qu’elle ne pouvait pas parler et qu’il lui serait impossible de m’appeler.
Max avançait vers moi en courant, alors qu’Amélie s’éloignait de moi.
Je me sentis perdre connaissance, je pense qu’il a dû augmenter ma dose de morphine
pour que je m’endorme. A mon réveil je me retrouvais assise sur un banc d’un parc public. Il faisait jour, il y avait beaucoup de passants qui me regardaient bizarrement. J’apercevais une femme qui
utilisait des béquilles pour marcher, elle avait un pied dans le plâtre. Et là encore une autre, mais avec une jambe entière. Encore une autre la cheville. Là une autre avec deux jambes plâtrées.
En fait, elles étaient toutes plâtrées.Qu’est ce qui se passait, ici ? Il fallait que je demande à l’une des femmes. Je me levais et lorsque je voulus avancer vers l’une d’elles, une chose
étrange était arrivée à ma jambe droite, elle avait tout simplement disparu. Je faillis tomber la tête la première, je repris mon équilibre en sautant sur mon unique jambe. J’aperçus des béquilles
prés du banc, je les pris et les mis sous mes aisselles. Ma tête tournait, que s’était il passé ? Pourquoi je n’ai plus de jambe droite ? Je me souvenais de mon agresseur qui m’avait dit
qu’il essayerait bien une femme amputée. Il serait donc passer à l’action en m’amputant une jambe ? je commençais à fondre en larmes en réalisant que j’allais finir ma vie avec une seule
jambe. Pendant ce temps d’autres femmes sur béquilles, mais elles, avaient toutes leur deux jambes, sauf qu’elles étaient plâtrées. « Alors ça te fait quoi d’être unijambiste à vie dans un
monde d’éclopées ? Les borgnes seraient Rois dans le monde des aveugles ? ou je dirais les plâtrées sont reines dans les monde des unijambistes !! ». Je me retournais pour me
retrouver nez à nez avec l’homme aux yeux verts !! Il tenait sa batte de base-ball. « Comment feras tu si je te cassais l’autre, maintenant ?? » dit il en avançant vers moi.
Pour la première fois, une peur primale me gagnait. Je pris appui sur mes béquilles et commençait à m’éloigner au plus vite de lui. J’entendais son souffle dans mon dos, j’accélérais du mieux que
je pouvais. Mes aisselles commençaient à me faire très mal. Je sautais sur mon unique jambe, mais je me fatiguais vite, je réalisais que je ne pourrais pas lui échapper. C’est à ce moment que je
trébuchais et tombais me prenant le pied dans mes béquilles. Il commençait à s’esclaffer et à se moquer de moi ; Je lui jetais mes béquilles qu’il évita de justesse. Il souleva sa batte de
baseball et l’abattis sur mon unique jambe ; je fermais les yeux et m’attendis à cette douleur si particulière que j’avais ressenti quand il m’avait brisée la première. La douleur arriva mais
sur ma jambe qui était dans la gouttière. J’ouvrais les yeux pour me rendre compte que j’avais fait un cauchemar. J’avais bien mes deux jambes, Dieu merci !!! Tout cela n’avait jamais eu lieu.
Mais à quel moment avait il commencé, je n’étais ni bâillonnée, ni attachée. Le briseur de jambes était il vraiment passer me voir. En tout cas j’étais en sueur, j’appelais l’infirmière qui
accourut de suite. Quand je lui demandais si elle avait vu quelqu’un entrer, elle me répondit que les visites n’étant pas autorisées au delà de vingt heures, ça l’étonnerait fortement qu’une
personne ait pu pénétrer. Seul le personnel de l’hôpital et de la maintenance y était autorisé. Beaucoup trop de suspects, mais je le mettais dans ma liste des possibilités. Je commençais à
réaliser que j’avais eu une sacrée peur d’avoir perdu ma jambe, j’étais finalement heureuse de l’avoir retrouvée même si pour l’instant elle était en piteux état, je l’aimais ma jambe. J’observais
mes orteils qui il y a quelques instants n’étaient plus là, je les remuais pour me rassurer, même la petite douleur ne m’arrêta pas. Ils étaient tout mignons ces petits doigts de pied, malgré la
cheville qui était bien enflée. Je repensais aux paroles du briseur de jambes…le code…quel code ? Qu’est ce qui unissait toutes ces femmes ?j’allais sûrement bientôt le savoir. Je
repensais aussi à la rencontre qui m’avait été fatale. Après l’arrestation de son complice occasionnel, et sa libération sous caution, je savais que le briseur de jambes se mettrait en contact avec
lui. Je me suis donc relayé avec un collègue pour le coincer. Et c’était quand c’était mon tour de garde que j’aperçus une ombre regagner l’ex mari de Tatiana qui promenait son chien comme tous les
soirs. Je les suivis de loin, mon but étant de repérer le domicile de l’homme aux yeux verts. A priori il se sépara de son complice satisfait de lui avoir fait comprendre qu’il ne devait pas trop
parler de lui. J’entendis prononcer mon nom à un moment. Il répondit qu’il savait que j’étais à ses trousses. Je le suivais donc dans cette ruelle sombre quand il me tira dessus… Ca faisait déjà
une semaine que j’étais à l’hôpital et je n’avais pas avancé dans mon enquête et dans mon lit. Il était évident que je devais trouver le point commun entre toutes ces victimes. J’avais demandé à
mon collègue de me rapporter en détail tout le déroulement de la semaine de chaque femme plâtrée. Il fallait que je trouve ce code si évident. Le briseur tint sa promesse en me donnant l’occasion
de découvrir ce code, trois jours plus tard. Ca s’est passé dans un salon de manucure, un homme cheveux grisonnant, costume gris, yeux verts, entre avec une arme. Il tire un coup de feu au plafond
et invite les deux clientes et l’unique employée à s’asseoir sur des chaises et se déchausser de leur pied préféré. Une des clientes qui proteste se prend encore ce fameux uppercut qui lui déboîte
la mâchoire, elle hurle de douleur. Bizarrement l’agresseur prend soin d’elle en la lui remettant dans l’axe. Elle arrête de crier et obéis aux ordres. Elle pose son pied nu, à demi manucuré sur le
tabouret qu’il lui tend. Aurélie est la première à se faire briser la cheville. Cette fois ci il a juste pris la cheville et a appuyé jusqu’à ce qu’elle craque. Aurélie ne supportant pas la douleur
s’évanouit sur la chaise. La deuxième s’appelle Sandrine et pleure en tendant sa cheville nue. Il décide de lui casser le tibia avec le tabouret en fer. Sandrine se tord de douleur et hurle de
toutes ses forces. Un coton imbibé de chloroforme l’envoie au pays des songes. La troisième Tiffany, l’employée, tend aussi sa cheville. Il la lui prend et la retourne très fortement. Une douleur
déchirante se fait sentir aussitôt. Elle est au sol, se tenant le pied avec ses mains. Et là le briseur sort de la boutique sans rien dire. Cette fois ci les secours seront appelés par l’employée.
Toutes les victimes sont rapatriées dans le même hôpital que moi. Le jour où ma jambe sera emprisonnée par un énorme plâtre allant du plus haut de ma cuisse à la base de mes doigts de pied. Le jour
où aussi un kiné m’apprendra à me servir pour la première fois de cannes anglaises. Mon plâtre formait un angle presque plat au niveau de ma cheville, ce qui m’imposait à béquillait la jambe tendue
devant moi. Ce qui rendait encore plus difficile mes pas. Je n’arrivais pas à béquiller correctement, j’avais plutôt tendance à sautiller sur ma jambe valide. J’étais vite essoufflée par les
nombreux efforts que ma marche nécessitait. La montée et descente des escaliers étaient aussi laborieuses, je devais me tourner à moitié pour que mes orteils ne heurtent les marches. Je devais
rester le plus longtemps allongée avec le plâtre dans la gouttière. J’avais encore trois jours à rester à l’hôpital quand les victimes du briseur de jambes arrivèrent, une à une. Je fis
connaissance de suite avec Tiffany, l’employée, elle partageait ma chambre. C’était la seule qui ne souffrait pas de fracture, l’avait il raté ? Il lui avait fait une entorse grave avec
déchirure totale des ligaments. Ils avaient décidé de la garder en observation juste une nuit. Elle portait un plâtre à la cheville et n’avait pas droit à l’appui. Quand elle rentra dans la chambre
sur ses béquilles je trouvais qu’elle se débrouillait pas mal pour marcher. Il était évident qu’elle en avait l’habitude. Elle se déchaussa et s’installa sur le lit voisin en posant délicatement sa
cheville sur un oreiller. Je me présentais en tant que simple patiente accidentée par une voiture, je ne voulais pas créer une panique générale et participer à la légende du briseur de jambes.
C’est donc elle qui me raconta en détail ce qui s’était passé, comment il avait agit. Je m’attendais à la fin de son récit à l’arrivée d’un homme aux yeux verts, mais là rien. Avait il eu un
empêchement de dernière minute ou avait il une autre raison ? Tiffany sous les effets des tranquillisants s’endormit très vite. Je la trouvais timide, elle m’avait raconté tout juste ce qu’il
fallait. Je remarquais qu’elle avait les ongles de ses orteils vernis, un mélange de blanc avec un petit signe du ying et du yang au milieu, son métier de manucure y était pour quelque chose
sûrement. Le lendemain quand je me réveillais elle était sur le point de partir, son ami l’attendait à l’accueil. Je pris ses coordonnées en prétextant que j’aimerais bien avoir de ses nouvelles de
temps en temps, comme on fait partie du club des éclopées !!! Je décidais de rendre visite aux deux autres victimes. Aurélie aurait du mal à communiquer à priori, elle souffrait d’une fracture
de la mâchoire. Cette dernière était immobilisée, elle ne pourrait parler avant un certain temps, on lui avait donné une ardoise et un feutre pour écrire. Sa cheville cassée était aussi immobilisée
dans un plâtre, je commençais à avoir l’habitude de voir des plâtres maintenant. Je décidais de ne pas l’embêter d’avantage, je savais déjà tout de ce qui s’était passé. Stéphanie était la dernière
que je devais visiter, mon entrée fut assez remarquée, je me pris la porte sur mes doigts de pied, je réussis à bloquer la porte avec une de mes cannes. Elle avait de la visite de ses amis, ils ne
comprirent pas pourquoi j’entrais dans la chambre alors qu’elle était individuelle. Quand je leur expliquais que j’étais de la police et que je venais pour l’enquête, ils se tairent tous. Il ne
restait plus que l’ami de Stéphanie quand je lui posais mes questions. Je restais sur mes cannes pendant l’interview, je sentais que je ne pouvais pas rester longtemps la jambe à la verticale, mes
doigts de pieds étaient boudinés. Pas beau à voir. La version de Stéphanie était la même que Tiffany, sans l’agression de cette dernière. Sa fracture était la plus grave des trois, elle nécessitait
un fixateur externe, elle n’aura pas de plâtre pour l’instant ; j’étais toujours impressionnée par ces tiges métalliques qui lui traversaient la jambe. Je constatais aussi ses ongles des
doigts de pieds parfaitement manucurés, un vernis rouge sombre sur ses deux premiers orteils, les autres n’étaient pas encore faits, ils devaient être en cours à priori quand elle s’était faite
agressée. Je retournais dans ma chambre, dans le couloir je rencontrais Sonia qui venait pour se faire plâtrer. En me voyant à mon tour sur béquilles, elle s’en inquiéta. Je lui expliquais que
c’était notre agresseur commun qui m’avait mise dans cet état. Je pris de ses nouvelles en constatant qu’elle avait toujours le fixateur externe. « En fait je vais devoir le garder encore un
mois avant le plâtre, la consolidation ne se fait toujours pas. Si jamais vous mettez la main sur notre « ami » commun, appelez moi. Bon je vous laisse, je file chez M Noyaon, m’acheter
des chaussures, enfin je ne pourrais en porter qu’une. Je ne suis pas prête d’utiliser l’autre. A bientôt et bon courage à vous !!! »me dit elle en s’éloignant. Je remarquais qu’elle ne
pouvait même pas porter de chaussette, avec les tiges du fixateur qui lui pénétraient le pied de part et d’autre, la pauvre. Une fois dans ma chambre, je réalisais que maintenant j’avais
malheureusement tous les indices que m’avait promis le briseur de jambes. Il fallait que je trouve le code. Une fois remis ma jambe dans la gouttière, je constatais que mon avant pied était bien
enflé. Je ne l’avais jamais vu de la sorte, impressionnant. Je décidais de me concentrer sur cette affaire, il fallait que je m’occupe l’esprit. Je commençais par l’âge des victimes. Aucun rapport,
la fourchette d’âge allait de 25 à 35 ans. Pareil pour le lieu des agressions, ils étaient répartis aux quatre coins de la ville ; Je décidais de passer en crible un à un le nom des victimes.
Pas de rapport, sur les noms, je n’y comptais pas trop mais je posais les prénoms, un à un : Caroline Aurélie Sonia Tatiana Amélie Stephanie Tiffany En prenant la première lettre de chaque
prénom ça faisait : CASTAST, ça ne voulait rien dire…à moins que je fasse partie de la liste, je rajoutais donc Carla avant Amélie, ça donnait CAST CAST. Ce qui voulait dire plâtre en anglais.
C’était une piste exploitable. Et ce qui impliquait qu’il connaissait le prénom de chacune de ses victimes, y compris moi même. Quel était le lien entre toutes les victimes et moi ? A part
d’être des femmes, je ne voyais pas quoi. Pourtant il y avait un lien entre nous !!! Je ne me doutais pas que Sonia m’avait donné la solution, sans le savoir !!! Le lendemain, je
retournais voir les victimes du salon de manucure, vu qu’elles étaient toutes les deux toujours hospitalisées. Ca me faisait un entraînement supplémentaire avec les béquilles. J’avais toujours du
mal à avancer en ayant la jambe tendue devant moi, je me frottais souvent les orteils au sol ou me cognais sur les portes. Moi qui étais quelqu’un de très énergique, je me traînais comme une
vieille !! Si ma collègue me voyait, elle n’arrêterait pas de me charrier, comme je l’embête souvent. J’avais encore un peu de temps avant son retour de vacances. J’entrais dans la chambre
d’Amélie, elle allait un peu mieux, elle s’exerçait sur ses cannes dans sa chambre. Elle esquissa un léger sourire en me voyant, peut être que c’était la situation qui la faisait sourire, deux
femmes éclopées. Elle ne pouvait pas sourire plus vu la fracture de sa mâchoire. Elle ne pourrait pas parler pendant les six semaines qui suivaient ; Son alimentation se faisait à la paille et
un petit tableau d’écolier lui servait à communiquer. J’avais du temps devant moi, je l’invitais à sortir dans la petite cour intérieure de notre hôpital. Amélie avait l’air d’avoir plus
d’expérience que moi en béquillage, elle en avait sûrement déjà utilisé. Elle me devançait à chaque pas et elle se retournait pour m’attendre au bout d’un moment. Je ne m’y faisais toujours pas à
ce plâtre. Nous trouvâmes un banc au bout de l’allée. S’engagea à ce moment une petite course amicale entre nous, qui nous essouffla à l’arrivée. Comme je ne pouvais pas poser ma jambe au sol, je
me résignais à m’asseoir de biais et la poser sur le banc, alors qu’Amélie pouvait s’asseoir en bout de banc en croisant ses jambes ; Nous reprîmes notre souffle. Amélie écrivît sur son
ardoise, « Ce n’est pas évident pour vous, votre plâtre est très contraignant ». Je lui répondis que je ne m’y faisais pas, j’avais hâte d’avoir un identique au sien, mais il fallait que
j’attende au moins six semaines, à cause de la blessure faite par la balle. « Vous devriez passer chez Noyaon vous acheter des chaussures à talons mais plats, il avait de beaux modèles la
dernière fois que je suis passé la dernière fois chez lui. » écrivit elle. Sur le coup je ne réalisais pas qu’elle m’avait donné un indice. « Vous voulez dire chez « Tout chauss’
» ? « Oui c’est le même ». « Coïncidence, c’est aussi mon magasin de chaussure préféré ! et maintenant que j’y pense c’est aussi le nom que m’a donné Sonia, une autre fille
qui s’était faite agressée. Voilà le lien qui nous est commun, je sui sûr que toutes les victimes le confirmeront. » Je tenais une piste enfin. Notre briseur de jambes a sûrement un lien avec
ce magasin, il n’a pas frappé au hasard, il voulait que les premières lettre du prénom de ses victimes forment le mot « CAST » et il a donc accès aux fiches clients.