Dimanche 1 février
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17:33
Elle occupait la même chambre
qu’elle. Le pare brise avait éclaté et l’avait blessé aux yeux. On l’avait opérée mais elle a dû rester aveugle avec des bandages pendant plus de 15 jours. Elle souffrait d’une fracture des
cervicales, des clavicules. Elle portait un plâtre lui immobilisant les bras, le cou et le torse. Quant à ses jambes l’une d’entre elles était mis en traction avec des poids. Quant à l’autre elle
avait dû être amputée, vu qu’elle avait été complètement broyée lors de l’accident. « Je peux vous dire que c’est un peu grâce à elle que j’ai gardé le moral, vu son état. C’était moi qui la
soutenait, en l’absence de sa famille. » déclare t-elle. « Je l’ai revu, en chaise roulante lors d’une visite à mon orthopédiste, elle m’a
reconnue à la voix, comme elle n’avait pas pu me voir, elle s’en était remise plus ou moins, elle avait retrouvé la vue complètement et l’usage de ses bras. Son unique jambe était plâtrée encore,
elle me racontait qu’elle avait des problèmes de consolidation et qu’elle en avait encore pour un moment. Mais malheureusement pour l’autre jambe, il a fallu effectuer une nouvelle amputation qui
a rendu le port d’une prothèse trop contraignante. Pour elle après la guérison de sa jambe, c’était béquilles et chaise roulante à vie. C’est affreux, si jeune… » Devant une telle histoire
nos compagnes ne pouvaient que se sentir mieux. Mine de rien cette femme venait de prouver qu’il y avait pire et qu’il leur fallait juste être patiente, elles allaient guérir très vite,
contrairement à l’autre femme. Sur cette petite histoire bien triste mais très encourageant pour les petites blessures dont souffraient nos éclopées, la femme prit congé en leur souhaitant un bon
rétablissement.
L’addition payée,
nous commençâmes à nous lever de table, j’aidais ma femme à se lever, je remarquais que ses orteils avaient triplés de volume, je ne les reconnaissais pas. Eux qui étaient si fins, étaient
complètement boudinés, à ne plus les reconnaître. Elle me chuchota qu’elle sentait son plâtre serré depuis le milieu du repas mais elle ne se doutait pas que son pied avait enflé à ce point.
La position debout fut, je pense des plus douloureuse depuis son plâtrage. Elle ne sentait, ni ne pouvait remuer ses orteils, ils étaient pour ainsi
dire ankylosés et presque bleu. J’étais incapable de l’aider devant cette douleur. Je lui proposais de la porter, mais elle me répondit que vu l’endroit où on était on se ferait encore plus
remarquer. Elle commença donc à béquiller en serrant les dents. Je lui ouvris le passage du mieux que je pouvais, en poussant des chaises qui se trouvaient sur notre passage. Elle béquillait la
tête basse et n’était pas fier de montrer son pied nu aux autres convives du restaurant. Sa pudeur d’avant son plâtrage était revenue à la charge. Le travail qu’avait fait Aurélie sur elle avait
pratiquement disparu. Cette dernière n’était pas non plus dans un meilleur état, elle avait très mal à l’avant de son pied, bien qu’elle ne pouvait nullement les bouger, elle sentait une franche
douleur pendant qu’elle béquillait. Elle s’arrêtait à chacun de ses pas et faisait une pause de quelques secondes. Marc se trouvait dans la même situation que moi, incapable d’aider la pauvre
Aurélie, courbé sur ses béquilles à chacune de ses fréquentes pauses. Ses aisselles aussi commençaient à souffrir, à chaque fois qu’elle prenait appui dessus. Elle qui aimait se rendre dépendante,
n’en pouvait plus. Mais elle pensait, comme ma femme à cette fille qui était condamnée à marcher avec des béquilles pour le restant de sa vie. Elle avançait lentement, les yeux rivés sur son plâtre
et ses orteils bandés. Les clients du restaurant les observaient avec pitié. On entendit des « …les pauvres filles, elles ont l’air de souffrir…plâtre…béquilles…fracture…pied.. ». On
avait l’impression que toute la salle ne parlait que de ça. Nous avions qu’une seule hâte, c’était de sortir du restaurant. Les filles faisaient de leur mieux, avançant sur leur béquilles aussi
vite que leur permettait leur résistance à la souffrance.
Par castlover
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Publié dans : Les plâtres du mariage
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